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d’un jeune Russe avec son chapeau et son manteau garnis de fourrures.

Jo entendit bien Amy arriver tout essoufflée de sa course, et souffler dans ses mains, afin de se réchauffer, en essayant de mettre ses patins ; mais elle ne se retourna pas une seule fois. Elle se mit à marcher en zigzag le long de la rivière, trouvant une espèce de satisfaction amère et malheureuse dans sa brouille avec sa sœur.

Lorsque Laurie fut arrivé au tournant, il lui cria : « Restez près du bord ; la glace n’est pas sûre au milieu. »

Jo l’entendit très bien ; mais Amy, qui était très occupée à mettre ses patins, ne saisit pas une seule de ses paroles. Jo regarda par-dessus son épaule, et le petit démon de la rancune qu’elle abritait dans son cœur lui dit à l’oreille : « Elle m’a ôté le droit de prendre soin d’elle ! »

Laurie avait disparu derrière le tournant ; Jo y arrivait alors, et Amy, loin derrière elle, s’avançait sur la glace plus faible du milieu de la rivière. Pendant une minute, Jo, inquiète sans vouloir le paraître, resta immobile ; elle hésita un instant, puis, son bon cœur l’emportant, elle se retourna vivement pour avertir enfin Amy du danger qu’elle courait. Il était trop tard ! Amy, les bras encore en l’air, venait de disparaître dans l’eau en jetant un cri qui pétrifia Jo de terreur. Elle essaya, d’appeler Laurie, mais elle n’avait plus de voix ; elle essaya de courir au secours de sa sœur, mais ses jambes ne lui obéissaient pas ; et, pendant une seconde, elle ne put que regarder, avec une figure bouleversée, le petit capuchon bleu qui seul paraissait encore au-dessus de l’eau. Quelqu’un passa alors comme une flèche à côté d’elle, lui criant :