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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/123

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tard, fit comprendre à Amy la noirceur de son action et le tort qu’elle avait fait à sa sœur. Le manuscrit de Jo faisait son bonheur. C’était à la fois pour elle un travail utile et une récréation, une tentative faite par Jo pour se rendre compte et se faire la preuve à elle-même que son goût pour la lecture avait peut-être porté ses fruits et pouvait, le temps venu, la rendre capable d’écrire à son tour. Meg regardait cette première production littéraire de Jo, qu’elle connaissait, comme une production sérieuse pour son avenir. Ce n’était, sans doute, que quelques petits contes à l’usage des tout petits enfants ; mais Jo y avait mis tous ses soins, et espérait avoir fait quelque chose d’assez bien pour être imprimé dans un journal très aimé des bébés. La pauvre Jo s’était dit qu’ainsi, par son travail, si elle réussissait à bien faire, elle pourrait venir en aide à sa mère. C’était tout un rêve innocent détruit. Elle venait justement de le copier soigneusement et avait bridé le vieux brouillon ; de sorte qu’Amy, bien que sans doute elle n’eût pas eu conscience de la portée de sa vengeance, avait fait à Jo une peine et un tort irréparables.

Beth se désola comme si elle eût vu mourir un de ses petits chats ; Meg refusa de défendre son enfant gâté ; Mme Marsch parut très peinée et très soucieuse. Elle se disait d’une part que l’action d’Amy dépassait ce qu’on pouvait pardonner à un enfant de son âge, et de l’autre, que Jo pouvait être découragée pour toujours de travailler et d’écrire. Amy comprit enfin l’étendue de sa faute. Elle sentit que personne ne l’aimerait plus tant qu’elle n’aurait pas obtenu le pardon de sa sœur.

Lorsque la cloche du thé se fit entendre, Jo parut. Elle avait l’air si inabordable, qu’il fallut qu’Amy prît