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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/116

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compliment qu’elle avait reçu, celle-ci n’osa plus rien jouer de la soirée, Laurie fut obligé de prendre sa place, et s’en acquitta à merveille. Il était particulièrement gai et aimable ce soir-là ; du reste, il montrait très rarement à la famille Marsch le mauvais côté de son caractère. Après son départ, Amy, qui avait été pensive toute la soirée, dit, comme si elle agitait depuis longtemps une question dans son esprit :

« Laurie est-il un jeune homme accompli ?

— Il a reçu une éducation excellente et a beaucoup de talent, répondit Mme Marsch ; ce sera un homme de mérite, s’il n’est pas gâté par les louanges.

— Il n’est pas vaniteux, n’est-ce pas ?

— Pas le moins du monde, et c’est pour cela qu’il est charmant et que tous nous l’aimons tant.

— Je comprends. C’est très bien d’avoir des talents et d’être distingué, mais non d’en faire parade ou de se pavaner parce qu’on en a, reprit pensivement Amy.

— Il faut laisser aux autres le soin de les remarquer ; chercher à les faire valoir, c’est leur faire perdre tout mérite, dit Mme Marsch. « Quand on se paye soi-même, les autres ne vous doivent plus rien, » vous avez dû lire cela dans la Morale familière, Amy.

— Oui, mère, et je le relirai.

— Amy doit comprendre, ajouta Jo, qu’il ne serait pas joli de mettre tous ses chapeaux, toutes ses robes et tous ses rubans à la fois, afin qu’on sache qu’elle les a. »

Et la leçon finit par un éclat de rire.