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Amy en ôta vite une demi-douzaine et déposa le reste devant M. Davis, en pensant que ce délicieux parfum de menthe adoucirait le cœur de toute créature humaine. Malheureusement M. Davis détestait particulièrement cette odeur à la mode, et elle ne fit qu’ajouter encore à sa colère.

« Est-ce tout ?

— Pas tout à fait, balbutia Amy.

— Apportez immédiatement le reste. »

Elle obéit en jetant un regard de désespoir à ses amies.

« Vous n’en avez plus d’autres ?

— Je ne mens jamais, monsieur.

— Je le vois. Maintenant, prenez ces dégoûtantes choses deux à deux et jetez-les par la fenêtre. »

Un soupir de douleur répondit sur tous les bancs à cet ordre barbare.

Amy, écarlate de honte et de colère, alla douze fois à la fenêtre jeter deux sucres d’orge, qui, tombant à regret de ses mains, paraissaient si beaux et si bons que l’eau en venait à la bouche de ses compagnes, et, chaque fois, on entendait dans la rue les cris de joie de petits mendiants irlandais qui se trouvaient là, comme si on les y eût depuis huit jours conviés. Cela c’était trop, et toutes les élèves lancèrent à l’inexorable M. Davis des regards d’indignation et de supplication ; il y eut même une adoratrice passionnée de sucres d’orge qui fondit en larmes.

Quand Amy eut jeté les derniers sucres d’orge, M. Davis fit entendre un hum ! de mauvais augure, et dit de son air le plus péremptoire :

« Mesdemoiselles, vous vous rappelez ce que je vous ai dit il y a huit jours. Je suis fâché que vous me forciez à m’en souvenir ; mais je ne peux pas permettre qu’on