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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/106

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Elles auraient été encore bien plus étonnées si elles avaient vu ce que fit Beth une fois entrée. Elle alla droit au cabinet de travail de M. Laurentz et frappa sans même se donner le temps de la réflexion, et, lorsqu’une voix rude eut dit : « Entrez », elle entra et alla droit vers M. Laurentz, mit sa main tremblante dans la sienne et lui dit :

« Monsieur, je suis venue pour… vous remercier… » Mais elle ne finit pas sa phrase, et, se rappelant seulement qu’il avait perdu la petite fille qu’il aimait, elle mit ses deux bras autour de son cou et l’embrassa.

Si le toit de la maison se fût effondré subitement, M. Laurentz n’aurait pas été plus étonné ; mais il était si content et si touché de ce timide petit baiser que toute sa froideur habituelle fondit comme neige au soleil, et que, prenant Beth sur ses genoux, il l’embrassa si tendrement, si délicatement qu’on eut dit que sa petite fille lui était rendue. À dater de ce jour, Beth cessa d’avoir peur de lui et causa avec lui comme si elle l’eût connu toute sa vie. L’affection surpasse la crainte, et la reconnaissance peut dominer toutes les timidités. Lorsqu’elle partit, il la reconduisit jusqu’à la porte de chez elle, lui donna une bonne poignée de main et ôta son chapeau en la quittant, comme un beau vieux militaire qu’il était.

Lorsque, de la fenêtre, Jo vit tout cela, elle se mit à danser avec fureur pour exprimer sa joie ; Amy, dans sa stupéfaction, faillit tomber dans la rue, et Meg s’écria en levant les mains au ciel :

« Eh bien ! je crois que le monde va finir !

— Finir ! dit Jo ravie, il ne fait que commencer… »