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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/105

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choses qui lui ont appartenu, et il vous a donné son piano, pensez donc, Beth ! Cela vient de ce que vous aimez la musique et que vous avez de grands yeux bleus.

— Voyez donc les belles appliques dorées pour mettre les bougies, le joli casier à musique et le petit tabouret, dit Meg en ouvrant l’instrument.

— Regardez, Beth ; il signe votre humble serviteur, James Laurentz, dit Amy, que le billet impressionnait grandement. Je le dirai à mes compagnes, elles seront jalouses de vous.

— Essayez-le, Fanfan, afin que nous entendions le son du beau piano, » dit la vieille Hannah, qui partageait toujours les joies et les peines de la famille.

Beth se mit à jouer, et tout le monde fut d’avis que c’était le piano le plus remarquable qu’on eût jamais entendu. Il était évident qu’on l’avait remis à neuf et accordé, et on ne peut se faire une idée du bonheur avec lequel Beth en touchait les notes d’ivoire et d’ébène.

« Il faudra que vous alliez remercier M. Laurentz, » dit Jo en plaisantant, car elle connaissait trop bien la grande timidité de sa sœur pour croire qu’elle irait ; mais, à sa grande surprise, Beth répondit :

« Oui, j’en ai bien l’intention, c’est mon devoir, et je vais y aller tout de suite, avant que j’aie le temps d’avoir peur. »

Et Beth, se levant vivement, marcha d’un pas délibéré jusque chez M. Laurentz, ce qui étonna tellement ses sœurs, qu’elles ne pouvaient plus parler et que la vieille Hannah s’écria :

« Eh bien ! voilà la chose la plus étonnante que j’aie jamais vue ; la vue de ce piano en a fait une autre personne, car sans cela elle n’y serait jamais allée. »