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Page:Alcott - Les Quatre Filles du docteur Marsch.djvu/102

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que Hannah vînt la chercher pour dîner ; mais elle n’avait pas faim et dîna, pour cette fois, du souvenir de son bonheur.

Depuis ce moment, le petit capuchon gris se glissa presque tous les jours dans la maison de M. Laurentz, et le salon fut hanté par un petit esprit musical qui allait et venait sans être vu. Beth ne se doutait pas que M. Laurentz ouvrait souvent la porte de son cabinet de travail, afin de mieux entendre les airs anciens qu’elle jouait, les mêmes qu’autrefois lui jouait l’enfant qu’il avait perdue, et que Laurie montait la garde dans le vestibule pour empêcher les domestiques d’approcher. Il ne lui venait jamais à l’idée que les cahiers d’études et d’exercices ou les morceaux nouveaux qu’elle trouvait sur le piano y avaient été placés par M. Laurentz lui-même pour son usage à elle.

Si Laurie lui parlait ensuite de musique, elle pensait seulement qu’il était bien bon de lui dire des choses qui l’aidaient tant. Elle jouissait de tout son cœur de son bonheur, et, ce qui n’arrive pas toujours, elle trouvait que la réalisation de son plus grand désir lui donnait tout ce qu’elle en avait rêvé.

Quelques semaines après cette mémorable visite du vieux monsieur, Beth dit à sa mère :

« Maman, pourrais-je faire une paire de pantoufles à M. Laurentz ? Il est si bon pour moi que je voudrais le remercier, et je ne sais pas d’autre manière que celle-là.

— Oui, ma chère, cela lui fera plaisir, et c’est une bonne manière de le remercier. Je vous achèterai ce qu’il vous faudra, et vos sœurs vous aideront, » répondit Mme Marsch, qui prenait un très grand plaisir à satisfaire les très rares demandes de Beth.

Après de sérieuses discussions avec Meg et Jo, Beth