Ouvrir le menu principal

Page:Alcott - La Petite Rose ses six tantes et ses sept cousins.djvu/82

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Il n’y avait rien de bien étonnant à ce que Phœbé ne comprît pas. Rose parlait si vite et d’une manière si incohérente, qu’il eût été difficile de saisir, du premier coup, le sens de ses paroles.

« Oui, Phœbé, reprit-elle plus posément, vous n’avez rien, et moi j’ai tout ; ce n’est pas juste. Il faut que nous partagions comme deux sœurs. Et puis j’ai pensé que, si je vous adoptais, je serais plus heureuse. Voulez-vous ? »

Phœbé cacha sa tête dans son tablier sans répondre.

« Ah ! mon Dieu, se dit Rose très surprise et non moins découragée, je l’aurai blessée sans le vouloir. Bien sûr qu’elle est fâchée ! — Je n’avais pas l’intention de vous faire de la peine, dit-elle pour réparer son erreur autant que possible. Ne m’en veuillez pas, je vous en prie… »

Phœbé leva la tête, et, souriant à travers ses larmes, jeta ses deux bras autour du cou de Rose.

« Ah ! que vous êtes bonne, mademoiselle ! s’écria-t-elle.

— Vous n’êtes pas fâchée, n’est-ce pas ? Ce n’est pas pour cela que vous pleurez ?

— Oh ! non, au contraire, mais jamais personne ne m’a témoigné autant d’intérêt, et c’était si doux ! »

L’émotion lui coupa la parole.

« Pensez donc, mademoiselle, continua-t-elle, vous m’avez dit que vous m’aimiez comme une sœur.

— Mais certainement, dit Rose, je vous ai aimée depuis la première minute où je vous ai vue — et entendue, » ajouta-t-elle en riant.

Phœbé essuya ses yeux.