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Page:Alcott - La Petite Rose ses six tantes et ses sept cousins.djvu/280

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boucle d’oreille de Rose, et la lui tendit en disant :

« Reprenez ceci et dégagez-moi de ma promesse. J’ai fumé tout à l’heure, j’ai manqué à ma parole. J’en suis fâché, mais du reste j’avais eu tort de m’engager à la légère. Tout le monde fume et j’entends faire comme tout le monde. Je suis en faute, j’en conviens ; mettez-moi à l’amende et n’en parlons plus. Je vous enverrai demain la plus jolie paire de boucles d’oreilles que je pourrai trouver.

— À quoi bon ! s’écria Rose, rouge de colère. Archie tiendra son serment, lui ! Que voulez-vous que je fasse d’une seule boucle d’oreille ? »

Charlie leva les épaules ; il jeta sur les genoux de Rose le bijou qu’il tenait et lui tourna le dos, aussi mécontent des autres que de lui-même, ce qui arrive généralement en semblable occasion.

Quant à Rose, trop fière pour pleurer, malgré toute l’envie qu’elle en avait et pleine d’indignation de la conduite de son cousin, elle se leva pâle et frémissante, lança la malencontreuse boucle d’oreille au milieu de la chambre et s’efforça de raffermir sa voix pour dire :

« Charlie, vous n’êtes pas ce que je croyais, je ne puis plus être fière de vous. C’est inutilement que j’ai tâché de vous faire du bien ; puisque vous me repoussez, je m’en lave les mains. Pourquoi venir vous poser en gentleman ? Jamais un gentleman ne manque à sa parole !… Je n’ai plus aucune confiance en vous, et je ne veux pas que vous me reconduisiez à la maison. Bonsoir ! »

Elle était dans l’antichambre avant que Charlie fût