Ouvrir le menu principal

Page:Alcott - La Petite Rose ses six tantes et ses sept cousins.djvu/198

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de noisettes. La récolte fut assez abondante ; mais elle l’eût été bien davantage sans un léger accident arrivé à Jamie et à son amie qui termina la fête plus tôt qu’on ne l’aurait voulu. Mlle Furet, fidèle à ses vieilles habitudes, ayant vu passer une écrevisse dans un ruisseau qui avait bien dix centimètres de profondeur, voulut naturellement « prendre la petite bête. » Elle enleva ses bas et ses souliers et entra bravement dans l’eau ; mais elle glissa sur un caillou et s’assit au beau milieu de l’eau, tandis que l’écrevisse s’enfuyait lestement. Dans ses efforts pour sortir Furet de ce mauvais pas, Jamie tomba tout de son long à côté d’elle. Heureusement, les parents n’étaient pas loin ; ils accoururent en toute hâte et repêchèrent les deux coupables qui sanglotaient à qui mieux mieux. Il fallut les déshabiller des pieds à la tête, et, à défaut de vêtements de rechange, les envelopper dans des châles et dans des manteaux, puis reprendre au plus vite le chemin de Beauséjour.

Pendant cette journée de plaisir, Rose avait souffert le martyre, car elle s’était bel et bien donné une entorse et eût mieux fait de le dire, mais, à la voir souriante et aimable, personne ne se fût douté de ses souffrances. Sous son apparence timide, Rose cachait une sorte de courage, bien supérieur à l’autre, qui s’appelle le courage moral.

Le soir, elle trouva sur son lit le cadeau de fête de l’oncle Alec : c’était un médaillon renfermant les portraits du père et de la mère de Rose. La petite fille considéra longtemps ces deux miniatures, et, les yeux pleins de larmes, prit la résolution de faire tous ses efforts