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Page:Alcott - La Petite Rose ses six tantes et ses sept cousins.djvu/16

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LA PETITE ROSE

perdu dans les profondeurs d’un vaste fauteuil ; ses grands yeux bleus, légèrement cernés, regardaient sans les voir les objets qui l’entouraient, et sa figure pâle avait une expression douloureuse au-dessus de son âge. Il faut avouer que, si Rose souhaitait la tristesse, elle ne pouvait choisir une retraite plus convenable. Ce grand salon sombre et froid, avec ses rideaux baissés, ses lourdes tentures, son mobilier antique et sa galerie de vieux portraits de famille, était un endroit propice aux tristes rêveries. Son aspect seul engendrait la mélancolie, et la pluie qui fouettait sans relâche les fenêtres semblait dire à la petite affligée : « Pleurez ! pleurez ! Je pleure avec vous ! »

Pauvre Rose ! ses réflexions ne pouvaient pas être gaies. Elle n’avait jamais connu sa mère, morte quelques mois après sa naissance, et son père lui avait été enlevé l’année précédente après une longue et cruelle maladie. Elle portait encore ses vêtements de deuil, qui faisaient ressortir son extrême pâleur. Cependant, l’orpheline ne restait pas seule au monde. Elle possédait une très nombreuse famille d’oncles, de tantes et de cousins ; mais, cette famille, elle ne la connaissait que fort peu, car elle avait toujours vécu loin d’elle, avec son père, dans une autre région des États-Unis. Aussi se trouvait-elle comme une étrangère dans la maison de ses grand’tantes. À vrai dire, elle n’avait guère eu le temps de s’y habituer, car elle n’y était que depuis huit jours.

À son lit de mort, son père l’avait confiée à l’un de ses frères, le docteur Alexandre Campbell, que tous ses