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Page:Alcott - La Petite Rose ses six tantes et ses sept cousins.djvu/153

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Phœbé, et ce n’était pas sans peine, car la vieille Debby grommelait à tout propos, et les grand’tantes, désolées de voir Rose perdre une partie de plaisir que son oncle avait organisée à son intention, ne cessaient de la tourmenter pour la faire renoncer à cet « absurde projet. »

Il fallait du courage pour résister à la tentation de retourner dans cette île joyeuse ; il en avait fallu plus encore le matin pour la quitter et venir s’enfermer dans une sombre maison, quand toute la ville était pavoisée en l’honneur du 4 juillet. Quel contraste entre ce monde extérieur si gai, si bruyant et si enthousiaste, et la cuisine si triste et si noire !

En vain la petite fille s’efforçait de penser à autre chose ; des coups de canon, des chants, des cris et des bruits de fête la ramenaient incessamment au sentiment de la réalité. Un seul mot eût suffi pour lui donner sa part légitime de cette joie générale ; mais ce mot, elle ne voulait pas le prononcer.

La remplaçante de Phœbé vit son service terminé vers huit heures du soir. C’est alors qu elle dut faire appel à toute sa force d’âme ! Tante Patience s’était assoupie, tante Prudence recevait quelques visiteuses, et Debby, tranquillement assise sur le pas de la porte, causait avec une voisine. Rose se trouva toute désorientée : elle monta dans sa chambre, elle s’accouda sur son balcon et regarda la ville s’illuminer fenêtre par fenêtre.

Des orchestres faisaient entendre des airs variés, et des bateaux ornés de lanternes vénitiennes sillonnaient la baie comme une traînée de lumière. Une première