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Page:Alcott - La Petite Rose ses six tantes et ses sept cousins.djvu/146

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Il va sans dire que le chowder fabriqué par tant de cordons bleus fut exquis ; aussi en absorba-t-on une quantité fabuleuse, sans préjudice des viandes froides apportées par Mme Campbell, après quoi on déclara a l’unanimité qu’il ne serait pas mal vu de faire la sieste.

Chacun se retira soit sous les tentes, soit à l’ombre des grands arbres, et, pendant plus d’une heure, l’île, si bruyante auparavant, reprit son calme habituel. Ensuite on se remit à jouer avec plus d’ardeur que jamais. La grotte contenait des arcs et des carquois, des fleurets, des sabres rouillés et des fusils cassés, enfin tout ce qu’il fallait pour donner à Rose une représentation à laquelle elle assista blottie dans le creux d’un vieil arbre tapissé de mousse, avec Jamie à coté d’elle « pour lui expliquer les scènes, » ce qui, soit dit en passant, n’était pas inutile.

Les acteurs jouaient avec autant d’énergie que de naturel ; par moments c’était même effrayant. Ce ne fut pas sans frémir que Rose vit les indigènes de l’île d’Owhihée massacrer le capitaine Cook. Elle rit de tout son cœur en voyant représenter les aventures merveilleuses de Sindbad le marin. Elle regarda avec le plus vif intérêt les scènes pathétiques de la vie du capitaine Kidd ; ce célèbre chef de brigands cachait le fruit de ses rapines dans la casserole qui avait servi à faire cuire le chowder ; il se vengeait de deux traîtres qui l’avaient trahi en leur faisant mordre la poussière d’un seul coup de feu, et enfin il expiait ses nombreux crimes par un bannissement bien mérité sur une île déserte.