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Page:Alcott - La Petite Rose ses six tantes et ses sept cousins.djvu/135

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Le docteur prit à sa main le panier de provisions, mit sous son bras le paquet apporté par Phœbé et s’avança d’un pas délibéré vers l’endroit d’où s’échappait cette odeur de friture.

Rose le suivit, à demi cachée par son grand parasol, en s’écriant :

« On dirait tout à fait Robinson Crusoé et son fidèle compagnon Vendredi, allant à la recherche des sauvages qui avaient relâché dans leur île.

— Voici les sauvages en question » répondit l’oncle Alec, ou du moins voici leur lieu de campement. Ils sont nombreux, car je vois deux tentes et deux bateaux.

— Je les voudrais encore plus nombreux, dit Rose, qu’ont-ils fait de leurs prisonniers ?

— Ils les ont mangés, dit le docteur en montrant d’un geste tragique des débris de poisson épars sur la grève.

— Et ils y ont ajouté des homards ; voyez toutes ces carapaces en un seul tas. Leurs prisonniers étaient donc bien maigres ? Mais eux-mêmes, où sont-ils donc ?

— Sous leurs tentes.

— Alors, marchez avec précaution. Rappelez-vous la prudence de Robinson et la terreur de Vendredi.

— Non, je suis plus brave que Robinson ; j’attaquerai ces misérables à visage découvert. S’ils me tuent, prenez vos jambes à votre cou et réfugiez-vous dans notre bateau. »

Tout en parlant, le docteur s’approcha de l’une des tentes et lança brusquement son paquet dans l’intérieur en criant d’une voix de stentor :