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Page:Alcott - La Petite Rose ses six tantes et ses sept cousins.djvu/108

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mais qui, déployé, se trouva être un gigantesque éventail, qu’il lui présenta galamment avec une kyrielle de compliments malheureusement incompréhensibles pour elle.

Rose fut bientôt absorbée dans la contemplation de ce nouveau cadeau, plus original encore que le précédent. Il n’y avait pas l’ombre de perspective dans les dessins, car les Chinois en ignorent absolument les lois ; mais cela n’en avait que plus de charme à ses yeux.

D’un côté de l’éventail, on voyait une belle dame dont la coiffure extraordinairement compliquée était traversée par deux grandes aiguilles à tricoter, et qui semblait s’être assise sur l’extrémité de la flèche d’une pagode. Du côté opposé, une rivière serpentait dans un paysage idéal, entrait par la fenêtre dans la maison d’un gros mandarin et en ressortait par la cheminée. Enfin, au milieu, un mur en zigzag sillonnait le ciel bleu comme un éclair menaçant, tandis qu’un oiseau à deux queues se reposait sur la tête d’un pêcheur, dont le bateau presque vertical paraissait avoir l’intention d’escalader la lune.

Rose ne se lassait pas de regarder ces images saugrenues. Cependant l’heure s’avançait, et son oncle donna le signal du départ. Le service à thé fut remis dans sa boîte, le bel éventail replié, et Fun-See, grand admirateur de cette petite Américaine aux yeux bleus, si différente de ses compatriotes, la gratifia de ses révérences les plus compliquées, celles que dans son pays on réserve pour « le Fils du Ciel, » autrement dit pour l’Empereur des Chinois.