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Page:Albanès,Les mystères du collège,1845.djvu/159

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DU COLLÈGE

taires ; le collégien donne la préférence aux premiers, qu’il classe dans la section des grognards antiques ; mais malheureusement ils sont en minorité. Que l’on dise à présent que le collégien n’est pas juste !

L’or pour le pion ne tombe pas du ciel, comme la manne en tomba pour d’autres à une certaine époque : aussi, la plus sévère économie préside à son budget. Au nombre de ses combinaisons, il ne faut pas oublier le collier de barbe, quelquefois accompagné d’un insigne militaire, la moustache. Et pourquoi ?… Parce qu’il y trouve une économie de rasoirs.

Quoique le jugement collégien soit à peu près fixé sur l’espèce-pion, cependant l’installation d’un nouveau pion est toujours un événement dans le collège, et nous doutons qu’un changement de ministère produise plus d’effet sur la masse d’une nation. Comme son prédécesseur, couvrira-t-il le cahier dit de rapport, de ses observations, et des punitions qu’il aura infligées ? Aura-t-il, comme son prédécesseur, pour exécuter ponctuellement les ordres du proviseur, cette sagacité, cet instinct naturel que Buffon a tant admiré dans le chien de berger ? Toutes ces questions occupent très-gravement le collégien, au point que plus d’un devoir en souffre, et tel qui était le premier de sa classe, perd pour quelques jours sa place d’honneur.

Le pion, qu’il appartienne à telle ou telle variété, doit donner à son âme une énergie quelque peu sauvage, une fermeté stoïque ; il faut qu’il habitue son corps à la fatigue,