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Page:Albanès,Les mystères du collège,1845.djvu/120

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MYSTÈRES

tion du monde… à l’égard de la robe médicale bien entendu, car de nos jours un docteur vous dit, et très-sérieusement encore : La voix du médecin, c’est la voix de Dieu !

Et si nous ajoutons que de bonnes et excellentes sœurs, aux cœurs d’anges, aux vertus célestes, sont chargées de choyer, de dorloter le collégien admis à l’infirmerie, on comprendra facilement que pour lui c’est le paradis terrestre, et qu’il usera de tous les moyens pour goûter le bonheur inexprimable d’être malade.

Le jeune Alfred, par exemple, veut se donner un petit congé ; il n’hésite pas, même au mois de décembre, et par une forte gelée, à lâcher un robinet d’eau froide dans son gosier. Le lendemain, un petit mal de gorge se déclare, alors Alfred est muet, il ne se fait plus entendre que par gestes, et l’on craint pour le moins une esquinancie. Le cas est soumis au docteur, qui ordonne, en présence du proviseur, la transfération à l’infirmerie immédiatement, et… la diète absolue. À ce mot, la parole manqua revenir à Alfred… mais il se souvint à temps des confidences que lui avait faites son ami Émile, et il se tut.

Constant a un appétit, mais comme on dit un appétit dévorant. Il veut aller à l’infirmerie pour se délasser de ses travaux. Que faire ? Eh ! parbleu, tout le contraire de ce qu’il fait habituellement, c’est-à-dire ne plus manger du tout… du moins visiblement. Le proviseur lui dit : « Mais qu’avez-vous, mon ami ? — Monsieur… monsieur le proviseur,