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Page:Albanès,Les mystères du collège,1845.djvu/117

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DU COLLÈGE.

dans un état helléborique que vainement la plume essaierait de peindre.

Le pion, en courroux, ordonne qu’on ne sorte pas du dortoir sans avoir fait disparaître les scandaleux insignes, et force fut d’obéir.

Mais comme on dit, on ne pense jamais à tout ; le pion, dans son empressement à faire démoustacher tous ses jeunes grognards, ne songe pas, le malheureux ! que c’est lui qui a la plus belle paire de moustaches, et il s’en va ainsi porter sa plainte chez le proviseur. « Monsieur, lui dit-il en l’abordant, des abominations ont été faites cette nuit dans le dortoir, et je viens… » Le proviseur recule de quelques pas… il est sur le point de prononcer le fameux quos ego !… il ne sait quelle contenance tenir… « Mais quoi, comment, que voulez-vous dire… Plaisantez-vous ? — Moi, monsieur, devant vous et dans l’exercice de mes fonctions, oh ! jamais, non jamais ! ! !… — Cependant… tenez, le prenant par le bras et l’attirant devant la glace de son cabinet, voyez ! Ah ! les diables incarnés, ils m’en ont fait à moi aussi des moustaches, et je ne m’en suis pas douté ! ! !

« Oui, monsieur, ce matin ils avaient tous des moustaches, je les ai fait disparaître. — Et ils savent tous que vous êtes auprès de moi dans l’état où je vous vois ? — Eh ! mon Dieu, oui… — Ah ! pour lors… » Le proviseur, cette fois, n’y tient plus, sa gravité l’abandonne et il sourit.

« Allons, allons, ajouta-t-il, faites maintenant pour vous-