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Page:Albanès,Les mystères du collège,1845.djvu/112

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MYSTÈRES

revenants, et un proviseur qui passerait pour un esprit faible… impossible ! Le proviseur, comme le maire et le notaire d’une commune, doit passer pour la plus forte tête de l’endroit. »

Là où personne ne voit aucune malice à faire, un collégien voit souvent de quoi ouvrir un vaste champ à sa ruse.

Un pion porte en hiver un gilet de tricot de laine ; il y tient d’autant plus, que la nuit il a contracté l’habitude de dormir les bras hors du lit.

Un collégien qui avait été accablé de pensums par ce pion-là jura de s’en venger. Depuis quelques jours il épiait toutes les occasions propres à le mettre à même d’exécuter son projet. « Ah ! s’écrie-t-il un soir, ce sera pour cette nuit. » À cette exclamation tous ses camarades l’entourent. « Tu as raison, lui disent-ils. Eh bien, que vas-tu faire ? — Ce que je vais faire ?… — Oui. — Ah ! c’est mon secret… Ce que je vais faire cette nuit, vous le saurez bien certainement… mais en ne vous le disant pas maintenant vous aurez l’avantage de la surprise. »

Tout le dortoir, comme on le pense bien, se met la tête à l’envers pour trouver le mot de l’énigme, mais c’est vainement, il y renonce.

Vers minuit, tout le monde dort dans le dortoir, excepté Frédéric. « Bon, se dit-il, voilà le moment favorable. À l’œuvre ! »

Descendre de son lit, s’armer d’une paire de ciseaux, et courir avec la légèreté et l’agilité de l’écureuil jusqu’au lit du pion, n’est pas pour lui l’affaire d’une minute.