Ouvrir le menu principal

Page:Aimard - Rayon de soleil, 1866.djvu/173

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
173
rayon-de-soleil



s’essuyèrent les lèvres, trouvant que le plat avait « un drôle de goût. » Vanderbum pensa défaillir en voyant sa femme faire la même remarque. Cependant, l’excès de sa frayeur lui communiqua un peu de courage.

— J’ai pris ces poissons dans une autre partie de la rivière, dit-il, en un endroit où il y a fond de vase ; c’est ce qui peut expliquer ce goût, s’il y en a ; d’ailleurs ils sont parfaitement frais.

Il n’en fallait pas davantage pour rassurer des convives affamés ; le repas recommença de plus belle ; bientôt il ne resta pas une arête.

Cependant le soleil déclinait vers l’occident ; le crépuscule splendide des régions Américaines enflammait le ciel de ses teintes pourprées ; la nuit approchait… la nuit ! grosse de mystères et d’horreur pour l’infortuné Vanderbum.

Jamais, dans sa grasse poitrine, son cœur ne s’était livré à de telles palpitations ; jamais son imagination n’avait poussé aussi loin l’exercice de ses facultés. Le pauvre bonhomme en était complètement démoralisé.

Ses regards ahuris, passant du ciel à son wigwam, et de là, dans les espaces imaginaires, semblaient chercher quelque signe mystérieux