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Un seul homme se tenait sur le pont, assis sur le guindeau et fumant mélancoliquement dans une pipe au tuyau microscopique et noire comme de l’encre.

À la vue des visiteurs, il se leva, éteignit sa pipe, et s’avança à leur rencontre, le bonnet à la main.

— Salut, monsieur Maraval et votre compagnie, dit-il d’une voix que le vent, la mer et le rhum avaient rendue rauque.

– Bonjour, monsieur Lebègue, répondit le banquier en lui serrant la main.

Ce Lebègue était un homme de quarante ans, de taille moyenne, trapu, dont le teint de brique, les traits énergiques et la physionomie à la fois bourrue et sympathique offraient le type complet du marin breton, le loup de mer des vaillants équipages des corsaires de la République.

— Est-ce que nous allons bourlinguer encore longtemps ici, sans vous commander, monsieur Maraval ! demanda-t-il d’un ton de mauvaise humeur au banquier ; depuis un mois que nous sommes à ce chien de mouillage, nous nous amusons, sans comparaison, comme des pingouins sur une accore de la Terre-de-Feu.

— Le plus fort est fait, monsieur Lebègue, répondit en riant le banquier ; bientôt vous prendrez le large.

— Que le bon Dieu vous entende, monsieur ! N’est-ce pas péché de laisser passer sous son nez tous ces faillis balandras, sans en goûter un peu et en genoper un seul ?

Les trois hommes se mirent à rire.

— Monsieur Lebègue, reprit le banquier de son