Page:Aimard - Par mer et par terre : le corsaire.djvu/82

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Les tertulias et les fêtes andalouses ont lieu pour ainsi dire en plein air.

Les salons, les patios et les jardins, les patios et les jardins surtout, sont les endroits où l’on se tient de préférence, à cause de la chaleur qui change en fournaises les appartements, si bien aérés qu’ils soient.

Tout en causant, les trois promeneurs, peut-être sans y songer, s’étaient peu à peu enfoncés dans les allées ombreuses d’une magnifique huerta, la seule qui existât alors à Cadix ; les mélodies de l’orchestre ne parvenaient plus que d’une manière indistincte à leurs oreilles, ils étaient seuls, loin des autres invités.

L’amiral s’arrêta à l’entrée d’un bosquet, ses deux compagnons l’imitèrent.

Après avoir jeté un regard autour de lui, l’amiral, toujours souriant, s’inclina devant le jeune homme :

— Recevez tous mes compliments, mon cher Olivier, dit-il à l’improviste, d’une voix légèrement railleuse, mais qui n’avait rien d’hostile ; si je n’avais pas été prévenu à l’avance, et instruit des moindres détails, j’y aurais été complétement trompé, malgré la perspicacité que l’on se plait à m’accorder généralement : la métamorphose est complète ; il ne reste rien de vous sur mon honneur, vous avez entièrement fait peau neuve, comme on dit peut-être un peu vulgairement.

La foudre éclatant tout à coup aux pieds des deux hommes ne les eût certes pas autant stupéfiés.

Don Jose, devenu livide, était incapable de prononcer une parole ; quant à Olivier, il souriait, et,