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– Vous voyez, mon ami, que l’on peut tout changer, même le regard. Croyez-vous, à présent, que l’amiral puisse me reconnaître ?

— Au diable ! C’est à peine, tout prévenu que je suis, si je vous reconnais moi-même.

— Alors, passons à autre chose. Votre famille ?

— En excellente santé, je vous remercie ; ma fille est au Sacré-Cœur depuis deux ans ; mon fils est à Saint-Cyr, il veut être soldat.

— Bravo ! Et votre charmante femme !

— Belle et bonne comme toujours, cette chère Carmen ; elle me parlait encore de vous, il y a à peine une heure ; elle tremble que vous ne fassiez quelque imprudence ; vous la verrez dans un instant.

— Cela me rendra bien heureux ; vous le savez, je l’aime comme une sœur chérie.

— Vous connaissez notre affection pour vous ; votre appartement est prêt. Avez-vous appétit ?

— Je vous avoue que j’ai grand’faim ; je n’ai pas eu le temps de manger depuis mon escapade, ainsi qu’il vous plaît de nommer ma fuite.

— Il vous faudra attendre encore.

— J’attendrai tout le temps que vous voudrez. Avez-vous reçu de Brest ce que je vous ai annoncé dans ma dernière lettre ?

— J’ai reçu, il y a deux jours, un crédit illimité signé Leguillou et contre-signé Hébrard de Paris et Palmer de Londres, au nom d’un certain Charles-Jules-Olivier Madray, aliàs del Castillo ; ce crédit vous est ouvert dans toutes les villes de toutes les parties du monde où la France a des consuls ou des agents consulaires, sauf en Europe.