Page:Aimard - Par mer et par terre : le corsaire.djvu/67

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Ils tournèrent dans deux ou trois rues, et s’arrêtèrent enfin devant une boutique splendidement éclairée ; au-dessus de la porte était écrit en lettres bleues sur fond blanc :

Amable Conejo
Barbero y Sangrador
A qui se compone el pelo
al instar de Paris.

Dans deux vitrines gigantesques, au milieu d’assortiments de savons, de pommades et d’huiles de toutes sortes, deux magnifiques bustes de femmes en cire, outrageusement enluminées, décolletées et coiffées d’une façon extravagante, tournaient lentement sur pivot, à la grande joie des badauds, qui faisaient foule pour les admirer.

— Hum ! dit le patron en regardant à travers la vitrine, il y a nombreuse réunion ce soir ; la boutique est pleine, et de langues affilées, j’en réponds ; tant mieux ! la plaisanterie sera meilleure.

En Espagne, les boutiques de barbiers servent généralement de centre de réunion à tous les oisifs et aux nouvellistes de la ville ou du village, et forment ainsi des espèces de clubs où se débitent les histoires les plus absurdes, et surtout les plus fabuleuses et les plus incroyables.

— Laissez-moi entrer le premier, dit le patron à don Carlos, qui ne demandait pas mieux que de lui laisser la direction de l’affaire ; et, tout en parlant, le patron tourna le bouton.

— Eh ! je ne me trompe pas ! s’écria un petit homme joufflu, rond comme une futaille et leste