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couleur tabac d’Espagne, ni la montera, ni même une légère valise contenant du linge, etc. Il avait dû dépenser pour ces achats au moins un billet de mille francs ; tout était neuf, élégant et de bonne qualité.

— Voilà qui est fait, dit Olivier après un instant.

Le patron se hâta d’accourir.

— Vive Dios ! s’écria-t-il avec admiration, la métamorphose est complète. Dios me libre ! si vous n’êtes pas à présent un Andalous de pied en cap, un vrai majo de Xérès !

— Vous trouvez, patron ? répondit le jeune homme dans le plus pur castillan qui se parle de Burgos à Madrid ; tant mieux ! je ne risque pas alors d’être reconnu.

— Et la langue aussi ! C’est à n’y pas croire ! reprit le patron ; ah çà, vous êtes donc Espagnol ?

— À peu près, fit-il en souriant ; je suis né à la Havana de Cristianos Viejos, originaire de la Nouvelle-Castille.

— Valga me Dios ! et vous êtes matelot sur un vaisseau français ?

— Bien contre mon gré ; j’ai été embarqué de force, sous prétexte que je parle trop bien le français pour être Espagnol.

— Je me disais aussi : Quels pillos que ces gringos de Français ! Cuerpo de Cristo, hijo ! je suis heureux de vous avoir aidé à brûler la politesse à ces gavachos maudits !

– Merci, señor ; vous m’avez rendu un service que je n’oublierai pas ; je vous laisse mes vieux habits, dont vous ferez ce que vous voudrez.

–Bah ! entre compatriotes, un service n’est