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contaient à leurs camarades, moins heureux qu’eux, ce qu’ils avaient vu ; ils faisaient des descriptions enthousiastes de la terre, et les matelots se frottaient joyeusement les mains, espérant bientôt par eux-mêmes juger de ces merveilles, dont on leur faisait fête.

Le grand canot du Formidable était rentré à bord vers deux heures de l’après-dîner ; l’aspirant chef de la corvée avait fait son rapport à l’officier de quart et au capitaine de frégate chargé du détail : huit grandes lanchas viendraient, à huit heures du soir, charger les pièces à eau vides du vaisseau et les rapporteraient pleines à quatre heures du matin. Le ravitaillement du navire serait ainsi opéré en une seule fois.

Il fut décidé que, ainsi que cela arrive toujours en pareille circonstance, l’équipage, cette nuit-là encore, courrait la grande bordée, c’est-à-dire qu’il ferait le quart, comme à la mer, afin que le transbordement des pièces fût exécuté plus rapidement et avec moins de fatigue.

Ivon Lebris et Olivier Madray faisaient tous deux partie du même quart ; ils devaient prendre le service à huit heures, avec la bordée de bâbord.

Ils ne se rencontrèrent pas durant toute la journée, ou plutôt ils évitèrent de se rencontrer et de paraître causer ensemble.

Un peu avant huit heures, Olivier descendit dans l’entrepont du vaisseau, endroit où les matelots rangent leurs sacs et leurs effets d’habillement ; sans être aperçu du factionnaire, il fouilla son sac, dans lequel, pendant une dizaine de minutes, il sembla chercher certains objets ; cepen-