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mandement d’un second maître et groupés près des passavants de tribord.

Une table avait été préparée à l’arrière pour le délégué du président de la république chilienne ; le délégué s’assit à cette table, sur laquelle plusieurs papiers avaient été placés.

Sur un signe de l’officier de quart, un coup de baguette fut frappé sur un tambour.

Un silence funèbre s’établit aussitôt sur ce navire, où cependant près de trois cent cinquante personnes étaient réunies en ce moment.

Un bruit de pas se fit entendre.

Presque aussitôt le capitaine d’armes monta sur le pont par le panneau de l’avant ; derrière lui apparurent tour à tour six matelots armés de fusils et de sabres d’abordage, conduisant au milieu d’eux un homme dont les jambes étaient libres, mais dont les bras étaient solidement amarrés derrière le dos.

Cet homme était don Estremo Montès, l’assassin de don Diego Quiros et de Fernan Nuñez.

Estremo Montès marchait d’un pas résolu.

Sa contenance était ferme, sans forfanterie.

Un sourire railleur se jouait sur ses lèvres blêmies ; ses traits étaient pâles, mais son regard étincelait ; ses sourcils étaient froncés à se joindre.

Il y avait dans ses mouvements une certaine hésitation, produite par sa longue incarcération à fond de cale ; l’air vif du pont l’étourdissait et le faisait chanceler, malgré tous ses efforts pour marcher droit et ferme.

Ainsi que lui-même l’avait dit, il avait joué une partie terrible dont sa tête était l’enjeu ; il avait perdu et était tout prêt à payer.