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ment trompé, que, dans son roman intitulé Un Gil Blas en Californie, il écrit la phrase suivante, d’une si drolatique absurdité :

« Les noms étranges de ces trois montagnes sont indiens, mais on en ignore la signification, qui s’est perdue depuis la conquête espagnole, bien que les noms soient restés ».

Le secrétaire d’Alexandre Dumas parlait de Valparaiso, où sans doute il n’est jamais allé, comme certains auteurs de ma connaissance qui écrivent sur l’Amérique, où ils n’ont jamais mis les pieds.

À l’époque de la conquête espagnole, les Indiens Aucas, ou Araucans, occupaient tout le territoire actuel du Chili ; les Espagnols les ont refoulés, sans les vaincre ni les asservir ; aujourd’hui, ces Indiens existent encore, à l’état indépendant, sur la rive droite du Bio-Bio jusqu’aux frontières de la Patagonie ; leur langue n’est pas changée ; ils la parlent aussi purement qu’il y a trois siècles ; le nom que les Araucans ont donné aux montagnes de leur pays est celui de Anti, qui signifie cuivre, et dont les Espagnols ont fait par corruption Andes. Le premier déchargeur ou batelier du port de Valparaiso aurait expliqué au Gil Blas apocryphe d’Alexandre Dumas la signification de ces trois noms soi-disant indiens, si celui-ci s’était donné la peine de la demander.

Ces trois montagnes sont couvertes de chinganas et autres lieux de réunion, plus ou moins suspects, fort courus des matelots dont les bâtiments mouillent sur rade ; ils trouvent là réunis tous les plaisirs plus que frelatés qu’ils recherchent pendant leurs courtes relâches.

Le capitaine, toujours suivi par son domestique,