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fur et à mesure que les plats se vidaient, que le vin et la chicha étaient bus à longs traits, les fronts se déridaient, les langues se déliaient tout naturellement et sans efforts.

La chicha est une espèce de bière faite avec du maïs fermenté ; fort agréable à boire, elle est, sans que cela paraisse, une boisson très-capiteuse ; elle monte rapidement au cerveau, qu’elle surexcite au moins tout autant que le vin. La cuisine chilienne est excessivement épicée ; elle met littéralement le palais en feu. On est obligé de boire beaucoup en mangeant, ce qui fait que même les têtes les plus solides, après un repas un peu prolongé, se ressentent de ces fréquentes libations.

Ainsi que l’avait prévu Ivon, à la fin du déjeuner, Fernan Nuñez n’était plus du tout le même homme, il avait presque complétement repris son insouciance et sa gaieté habituelles ; cependant il était facile de s’apercevoir qu’il n’avait pas l’esprit tranquille et que quelque chose le préoccupait.

— Le soleil commence à se faire sentir, même à travers ces épaisses frondaisons, dit Olivier en rendant son gobelet de maté vide à Antoine, nous ne sommes qu’à une lieue ou deux de Talca. Je pense que rien ne nous empêche de faire deux ou trois heures de siesta, ici, à l’ombre, avant de nous remettre en route. Qu’en pensez-vous, Nuñez ?

— Je suis à vos ordres, capitaine, répondit le Péruvien.

Fernan Nuñez était natif du village d’Obrajillo, situé sur les versants templados de la coupée de la Viuda, à quelques lieues seulement, mais beaucoup plus bas que le cerro de Pasco.

— Alors, dormons, dit Olivier en faisant un