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libre ; arrêté, on le faisait disparaître, et tout était dit pour lui.

Il n’y avait pas à sortir de ce dilemme ; il fallait donc fuir au plus vite.

Don Estevan Carril, l’ami de don Diego Quiros, ne s’était pas borné à venir l’informer du danger terrible suspendu sur sa tête : convaincu que don Diego comprendrait la nécessité d’échapper à ses ennemis, avant de se rendre auprès de lui il avait tout préparé pour sa fuite.

Don Diego, à peine arrivé à Lima, n’avait pas eu le temps de s’installer ainsi que sa famille ; il s’était logé provisoirement en bas du pont, de l’autre côté du Rimac, dans un tambò de la calle San-Lazaro, où ses bagages se trouvaient encore.

Don Estevan Carril connaissait cette particularité il l’avait mise à profit.

Il existe, à sept ou huit lieues de Lima à peine, un port assez vaste, parfaitement abrité contre tous les vents, d’un accès facile et d’un ancrage excellent ; ce port, appelé dans un avenir prochain à prendre une grande importance, et que M. Malte-Brun, le plus érudit des géographes présents, passés et futurs, se garde bien de mentionner, exemple religieusement suivi, du reste, par tous ses illustres confrères, se nomme Huacho ; il était alors habité par une nombreuse colonie de pêcheurs mêlés de contrebandiers ; il servait de refuge et de débouché à tous les smugglers et libres trafiquants de la côte, depuis Talcahueno jusqu’à Mazatlan.

Don Estevan Carril possédait une immense propriété, confinant avec le port même de Huacho. Il se livrait à une contrebande active avec les