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Il y avait un factionnaire à l’arrière, un autre devant aux bossoirs ; les hommes de quart se promenaient à l’avant du grand mât, fumant leurs pipes et causant entre eux à voix basse.

Lorsque le capitaine parut sur le pont, l’officier de quart abandonna le banc sur lequel il était et passa sous le vent, cédant ainsi la place d’honneur à son chef ; les matelots firent de même, sans en avoir reçu l’ordre ; Olivier eût pu se croire seul, s’il n’eût aperçu dans l’obscurité devenue plus grande les énergiques silhouettes de ses braves matelots.

Olivier alluma un cigare et, tout en fumant, il commença à se promener lentement, la tête basse et les bras derrière le dos, plongé en apparence dans de sérieuses réflexions.

Cette promenade se prolongea pendant dix minutes ou un quart d’heure ; puis, tout à coup, le jeune homme s’arrêta sur le couronnement, jeta son cigare à la mer et, s’appuyant sur la lisse du couronnement, il se pencha en dehors et suivit d’un regard pensif, et probablement sans la voir, la houache du sillage creusé par le passage du navire.

Depuis quelques minutes, le capitaine demeurait dans cette position, peut-être sans en avoir conscience lui-même, lorsqu’un léger bruit se fit entendre, et une ombre blanche et svelte, glissant sur le pont comme un sylphe, vint s’appuyer près de lui, presque à le toucher…

Le capitaine était si complétement absorbé par ses pensées, qu’il ne s’aperçut pas de ce voisinage charmant ; mais cette inattention ou cette indifférence ne faisaient sans doute pas le compte de la