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étendus sous le gaillard d’avant et dans la chaloupe. Plusieurs fois, je me permis de faire, à ce sujet, des observations au capitaine, mais ce fut toujours en pure perte ; il m’écoutait, me promettait de remédier au mal, mais il ne prenait aucune mesure pour cela.

Ce matin, un peu avant le lever du soleil, nous fûmes abordés par le pirate ; la surprise fut complète déjà nous étions tous prisonniers, que nous ne nous rendions pas compte encore de ce qui se passait à bord ; le navire fut si lestement enlevé, que personne n’essaya de se défendre, et qu’il n’y eut ni morts ni blessés. Les pirates nous traitèrent avec une grande barbarie ; tout nous autorise à supposer qu’ils nous réservaient un sort plus affreux encore, si Dieu ne vous avait pas, mon cher capitaine, conduit si heureusement sur notre route, et permis que le pirate, complètement abusé par votre déguisement, n’eût si étourdiment donné tête baissée dans le piège tendu par vous.

— À trompeur, trompeur et demi ! dit en riant doña Dolorès ; je ne vous croyais pas capable d’inventer de telles ruses, mon grand ami !

— Probablement vous avez été dépouillés de tout ? demanda M. Maraval.

— Ils n’ont pas eu le temps de piller le navire ; ils se sont contentés, provisoirement, de nous garrotter et de nous bâillonner de la façon la plus cruelle ; mais d’après ce qu’ils se disaient entre eux, en ricanant, ils n’attendaient que la prise de votre navire pour se livrer à un pillage qui se serait terminé par une orgie horrible. Le capitaine de la Chimère avait l’intention de transporter ses richesses et son équipage sur le Hasard, son