Page:Aimard - Par mer et par terre : le corsaire.djvu/265

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


bris qui était entré sur ces entrefaites, que cette fois le Hasard a joué le plus grand rôle dans toute cette affaire, puisque la question a été décidée par notre navire ! Sortez-vous de là, don Jose !

À cette singulière boutade du jeune homme, tous les assistants éclatèrent franchement de rire.

— Puisque vous êtes en train, cher don Diego, dit Olivier lorsque la gaieté fut un peu calmée terminez-nous, je vous prie, le récit de vos aventures.

— Je ne demande pas mieux ; d’ailleurs, le récit que vous demandez sera court. Le trois-mâts partit au jour dit. Il y avait à bord trente-cinq hommes d’équipage et douze passagers, tous d’excellentes familles, avec lesquels nous fîmes presque aussitôt connaissance ; nous étions, nous, sept personnes, trois maîtres et quatre domestiques, vieux serviteurs de notre maison, et que vous connaissez. Notre colonie flottante se composait donc de cinquante-quatre personnes, enfants et domestiques compris. Le capitaine Jeansens est un très-bon homme, peut-être l’est-il trop ; excellent marin et fort homme du meilleur monde, nous passions le temps fort agréablement à bord ; le vent était bon, le temps magnifique ; tout enfin nous présageait une excellente traversée. La seule ombre du tableau était le relâchement de la discipline : le capitaine Jeansens est trop faible ; il ne sait pas se faire obéir par son équipage. Les quarts se font un peu à la grâce de Dieu, surtout la nuit ; souvent il m’est arrivé de monter sur le pont vers une heure du matin : excepté l’homme à demi endormi à la barre et gouvernant Dieu sait comme, le pont était désert ; tous les hommes de quart dormaient