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lointains, où les questions commerciales ne sont pas encore nettement tranchées ; dans aucun port français je n’ai trouvé de bâtiment destiné soit pour le Chili, soit pour le Pérou, soit même pour Buenos-Ayres. Ce fut en lisant un journal qui traînait sur une table dans l’hôtel où j’étais descendu à Bordeaux, que je lus l’annonce alléchante suivante : « Le beau trois-mâts la Yung-Frau, de sept cents tonneaux, capitaine Jeansens, partira le 10 juin prochain de Hambourg pour le Callao, mers du Sud, avec escales à Rio-Janeiro, Buénos-Ayres et Valparaiso. Pour fret et passage, s’adresser à Hambourg à MM. Palmer, Belcomb et Cie, banquiers. Nous étions au 16 mai ; il me fallait traverser presque toute la France ; je n’avais pas un instant à perdre. Je mis le bienheureux journal dans ma poche, je fis mes préparatifs en toute hâte, et je partis pour Hambourg, où j’arrivai deux jours seulement avant celui désigné pour le départ ; il était temps : deux heures plus tard, je montais victorieusement sur le beau trois-mâts la Yung-Frau.

— Je vois que le hasard a joué un grand rôle dans toute cette affaire, dit Olivier.

— Le hasard est le pseudonyme de la Providence, mon grand ami ! c’est elle qui a tout fait, répondit en riant doña Dolorès.

— Je préfère cette intervention à celle du hasard, dit doña Maria.

— Et vous avez mille fois raison, señora, dit gaiement M. Maraval ; c’est une consolante et sainte croyance que celle qui nous place ainsi sous la surveillance immédiate de la Providence.

— Il n’en est pas moins vrai, s’écria Ivon Le-