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CHAPITRE VIII.

COMMENT LE HASARD RENCONTRA LA CHIMÈRE, ET CE QU’IL EN ADVINT.


Le capitaine Olivier Madray se taisait.

Son long récit était enfin terminé.

Ses auditeurs, encore sous le charme de sa parole vibrante, demeuraient muets et pensifs.

Ils songeaient à cette fatalité étrange qui, depuis le berceau, s’était acharnée après cet homme ; aux péripéties bizarres de cette existence singulière, si courte d’années et si longue de douleurs et de souffrances imméritées ils frémissaient en songeant au dénouement, terrible probablement, de cette lutte d’un homme seul et désarmé, contre des ennemis puissants et implacables.

Et comme malgré eux, ils se sentaient émus d’une vive sympathie, et pris d’une immense pitié pour ce déshérité de la société, pour qui le bonheur n’avait jamais été qu’un mot vide de sens ; et qui, pour obtenir une faible part de ces jours de soleil que Dieu prodigue à tous les autres, avait été contraint de se séparer de cette société marâtre qui le repoussait et de se réfugier dans la vie sauvage.

Ils se sentaient saisis d’admiration devant sa