Page:Aimard - Par mer et par terre : le corsaire.djvu/205

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


chaque fois que j’allais flâner sur le port, ce qui arrivait souvent.

Un jour en causant et fumant des cigares, le consul s’étonna que le capitaine Galhaubans n’eût pas encore repris la mer.

— C’est bien contre mon gré, répondit celui-ci, je devrais être parti depuis longtemps déjà.

— Qui vous en empêche ?

— Le guignon qui me poursuit ; mon second, maître Brûlot, qui est rageur comme un cachalot, s’est pris de querelle, je ne sais où, avec un Danois, aussi rageur que lui ; mes deux enragés en sont tout de suite venus aux gros mots ; maître Brûlot a éventré le Danois, mais celui-ci, avant de tomber, lui a planté si raide son couteau entre les deux épaules, que j’ai été contraint de le faire porter à l’hôpital ; le diable sait s’il en échappera.

– Voilà qui est fâcheux ; n’avez-vous pas essayé de le remplacer ?

— Avec cela que c’est commode ! vous en parlez bien à votre aise, monsieur Lugax. D’abord je ne veux pas d’Américains, ils sont tous ivrognes et indisciplinés : les Yankees sont une peste sur un navire ; un seul suffit pour mettre le diable au corps de tout un équipage et le chambarder.

— C’est la vérité exacte, dit un capitaine corsaire avec un geste d’assentiment ; les Yankees ne sont bons à rien.

— Je ne veux que des Français avec moi, reprit le capitaine Galhaubans ; mais où en trouver un qui me convienne ?

— Vous cherchez mal, dit M. Lugox en souriant.