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l’avenir. J’étais décidé à suivre son conseil, d’autant plus qu’il m’était presque impossible de me rejeter dans la vie sauvage, pour laquelle je conservais un faible prononcé et que, secrètement, je regrettais beaucoup.

Il y avait alors sur rade, à Boston, cinq ou six bâtiments français, tous corsaires et négriers. Les capitaines de ces bâtiments venaient assez souvent passer la soirée chez le consul.

La traite se faisait alors au grand jour, et était considérée comme tous les autres commerces ; l’époque était loin encore où on regardait les négriers comme des pirates et où on les traitait comme tels ; le commerce du bois d’ébène, ainsi qu’on le nommait, était libre en Europe et très-encouragé aux colonies, où l’on avait besoin de noirs.

Parmi les capitaines avec lesquels je m’étais lié, il y en avait un pour lequel j’éprouvais une sympathie ou, pour mieux dire, une affection toute particulière c’était un homme jeune encore, de petite taille, mais rablé, comme disent les matelots, aux traits intelligents, réjouis et empreints d’une excessive bonhomie, bien qu’un peu railleuse, mais d’une grande bonté.

On le nommait, ou plutôt il se nommait, car son nom devait être un pseudonyme, le capitaine Galhaubans, et était excellent marin ; on racontait de lui des traits d’audace et de présence d’esprit véritablement extraordinaires.

Il commandait un grand diable de brick-goëlette qu’il avait acheté à Cuba ; ce bâtiment se nommait la Fortune ; il ressemblait beaucoup à notre Hasard pour la forme et les qualités, et me tirait l’œil