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de cette caravane, essaya de raviver ; il me prodigua les soins les plus assidus. Les médecins se passionnent quand ils se trouvent en face de cures réputées presque impossibles : ce fut ce qui advint au docteur Legañez ; il était habile, fanatique de son art ; il employa toutes les ressources que la science mettait à sa disposition pour me sauver, il lutta opiniâtrement et sans jamais se décourager, avec la maladie ; bref, il fit si bien, qu’il triompha de tous les obstacles, et que la victoire lui resta, ainsi qu’il se l’était promis à lui-même ; je fus sauvé, contre toutes prévisions.

Le premier soin du docteur avait été de me faire transporter à Boston ; je fis ce long trajet sans m’en apercevoir. En me déshabillant, on avait reconnu que je n’étais pas Indien, à la couleur de ma peau ; d’ailleurs, je ne portais, à part quelques tatouages sur les bras, de peintures ni sur le visage ni sur le corps ; mes cheveux étaient très-longs, à la vérité, mais ils étaient noués simplement par derrière avec une peau de serpent, à la mode des coureurs des bois canadiens. Pendant mon délire, j’avais beaucoup parlé, tantôt dans une langue, tantôt dans une autre ; j’avais surtout parlé en français et prononcé certains noms ; la curiosité du docteur s’était éveillée ; il avait vu là un problème qu’il voulait résoudre. En arrivant à Boston, où il faisait sa résidence habituelle depuis quelques années, il parla de moi à plusieurs personnes, entre autres à M. Lugox, le consul français, son ami, comme me soupçonnant d’être son compatriote ; M. Lugox prit aussitôt à sa charge les frais de ma maladie et s’intéressa à moi, sans savoir encore qui j’étais.