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n’en est pas plus mauvaise pour cela et suffit amplement à leur état de société.

Les Comanches nous traitaient fort bien.

Nous les accompagnions partout où les conduisait leur caprice ; le Nuage-Bleu m’avait adopté, il me traitait comme si j’eusse été son fils ; on m’avait, à cause de ma légèreté et de mon adresse, nommé la Panthère-Bondissante. J’avoue que cette existence aventureuse était pour moi remplie de charmes.

Cette vie en plein air, émaillée de péripéties émouvantes, me séduisait plus que je ne saurais dire ; bien des fois encore, il m’arrive de la regretter. Je suivais assidûment tous les exercices des jeunes Comanches ; j’appris ainsi à monter les chevaux les plus difficiles, à suivre une piste, à me diriger dans le désert, sans craindre de m’égarer, a me servir d’un fusil avec une adresse remarquable ; enfin, ce qui est très-apprécié dans les tribus, je devins un bon danseur.

Cent fois il m’aurait été facile, si je l’avais voulu, de quitter la Prairie et de rentrer dans la vie civilisée. Tom Elgin avait profité depuis longtemps déjà de la liberté dont nous jouissions pour demander à passer aux États-Unis, ce qui lui avait été accordé aussitôt. Moi, je me trouvais heureux au désert ; les Comanches me traitaient comme si j’étais un des leurs ; j’avais subi avec succès les épreuves exigées pour prendre rang parmi les guerriers de la nation. Du fond du cœur, j’avais renoncé pour toujours à rentrer dans la société civilisée ; j’avais trouvé des amis, des frères, une famille nouvelle et dévouée, tout enfin ce que notre société m’avait constamment refusé ;