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Le capitaine connaissait de longue date la baie d’Hierba. Cette baie, fort large et très-profonde, abonde en cours d’eau, où il nous serait facile de remplir nos pièces ; cependant les Espagnols y avaient établi un presidio, peu important, à la vérité, construit plutôt pour faire acte de possession que pour toute autre cause, la baie ne renfermant que quelques Espagnols ; la population se composait principalement d’Indiens têtes plates, à demi civilisés, à peu près convertis au christianisme, et passant pour être fort doux.

Le capitaine, pendant de précédents voyages, avait trafiqué avec l’alcade commandant le Presidio ; ces pauvres gens isolés sur cette côte éloignée, presque abandonnés à eux-mêmes, étaient heureux lorsque le hasard leur offrait l’occasion de se procurer, à bas prix, quelques marchandises d’Europe, dont ils manquaient complétement.

Le capitaine Griffiths croyait donc n’avoir rien à redouter, d’autant plus que les signaux étaient amicaux ; cependant, par prudence et avant d’entrer dans la baie, notre commandant résolut de faire une reconnaissance.

La Polly fut mise sur le mât, un canot fut descendu à la mer ; le capitaine voulut monter dans ce canot, afin de juger par lui-même des dispositions amicales des habitants ; quatre matelots et moi, nous primes place dans l’embarcation.

Nous étions tous armés de fusils, pistolets et sabres.

Sur l’ordre du capitaine, le canot mit le cap sur la baie.

Tout nous paraissait tranquille sur la plage ;