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les plus excellents repas, vers dix heures du soir, le capitaine se leva de table, prit congé de ses amis, avec force poignées de mains, et en passant près de moi il me fit signe de le suivre.

J’obéis avec empressement : j’avais hâte d’être à bord la curiosité de voir un grand navire m’aiguillonnait.

Depuis mon départ de Dunkerque, et à Dunkerque même, j’avais vu des bricks et des trois-mâts, mais jamais je n’étais monté à bord d’un seul, et je ne me rendais pas compte de ce que pouvait être l’intérieur d’un grand bâtiment.

Il ne nous fallut que quelques minutes pour nous rendre à bord de la Polly.

Le navire devait quitter Elseneur le lendemain au lever du soleil ; toutes les embarcations étaient déjà hissées à bord, solidement amarrées sur le pont ou à leurs pistolets.

Un jour plus tard j’aurais manqué cette heureuse occasion que le hasard m’avait si bénévolement procurée ; Dieu sait ce qui serait arrivé de moi si elle m’avait manqué.

La Polly était un très-beau navire de huit cents tonneaux ; il avait été construit à Glascow et appartenait pour un tiers au capitaine Griffiths ; il passait pour bon voilier, était presque neuf, et, ce qui était rare dans la marine marchande à cette époque, il était doublé et chevillé en cuivre.

La Polly avait trente-cinq hommes d’équipage, y compris trois mousses ; elle avait déchargé ses marchandises à Elseneur, et avait repris aussitôt un autre chargement pour Trieste, un des ports les plus commerçants de l’Illyrie.