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— Voici le mousse en question, maître Cabillaud, dit mon inconnu à un gros homme à mine rébarbative, qui fumait sa pipe, assis sur un rouleau de grelins ; c’est un bandit ; je vous le recommande ; il a tous les vices, et bien d’autres encore.

— Je me charge de lui souquer son amarrage à bloc, répondit d’une voix enrouée le gros homme, sans retirer sa pipe de sa bouche, et en me lançant un regard de travers ; filez votre nœud en douceur ; j’en réponds, foi de Cabillaud ! À vous revoir !

— Vous pouvez en faire ce que vous voudrez, personne ne vous en demandera compte.

Et après avoir prononcé ces atroces paroles, l’inconnu tourna le dos et s’en alla, sans même me jeter un coup d’œil.

Je ne l’ai jamais revu.

— Accoste ici, sardine de malheur ! me dit maitre Cabillaud en me donnant brutalement un coup de poing dans la poitrine, qui me renversa sur le pont.

Je me relevai en sanglotant.

— Bon ! tu t’habitueras, moustique reprit-il en riant ; sèche tes écubiers et va t’asseoir à l’avant, ajouta-t-il en étendant le bras droit dans la direction du beaupré.

Je me hâtai d’obéir, et je m’assis tristement, songeant avec épouvante à l’avenir affreux qui sans doute m’était réservé avec un pareil sauvage.

J’avais neuf ans moins deux mois j’étais très-faible et surtout très-petit pour mon âge.

En ce moment, on appela le quart de minuit ; le capitaine Olivier monta sur le pont, où ses amis le suivirent.