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tèrent sur les pontons de Portsmouth. En est-il revenu ? je l’ignore.

Mme Perre avait une fille, nommée Hyacinthe, toute jeune encore, elle avait à peine dix-neuf ans.

Cette Hyacinthe était une merveille de beauté ; elle vit encore ; peu de femmes, même aujourd’hui, pourraient lui être comparées, bien qu’elle ait plus de cinquante ans.

Elle était mariée à un employé du ministère des finances, nommé Auguste Lugox, garçon spirituel, sceptique, dont le mariage avait été une affaire, et qui comptait surtout sur la beauté de sa femme pour pousser sa fortune et se faire, grâce à elle, une position honorable. Je ne connus que plus tard le ménage Lugox.

J’étais très-heureux dans ce pensionnat de demoiselles ; on m’appelait déjà Olivier, comme aujourd’hui ; j’étais la coqueluche des pensionnaires, auxquelles je jouais tous les tours imaginables, et qui me choyaient et me bourraient de bonbons à qui mieux mieux. Moi, je me laissais faire. J’étais fort laid ; j’avais les cheveux rouges ; j’étais jaune comme un Arabe et méchant comme un bouledogue ; chacun souffrait mes caprices : aussi cette méchanceté ne faisait-elle que croître dans des proportions extravagantes ; mais on me passait tout ; pourquoi ?

Ce fut longtemps pour moi un mystère j’appris plus tard que Mme Perre était généreusement rétribuée des soins qu’elle me donnait, par un banquier, ancien fournisseur des armées, très-riche, nommé Hébrard, intermédiaire d’un personnage mystérieux et inconnu ; j’ignorais alors tout cela, et je ne m’en préoccupais guère.