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lides sans charlatanisme ni réclame, lorsque, tout à coup, du jour au lendemain, sans que l’on sût pourquoi, il abandonna tout, maison, famille, clientèle, patrie, quitta Paris en toute hâte et passa en Espagne.

Ce qui, surtout, sembla extraordinaire dans sa conduite, ce fut qu’il était sur le point de faire un excellent mariage qui l’aurait définitivement posé dans le monde : huit jours plus tard il devait épouser une jeune fille charmante, disait-on, et qui lui apportait trois cent cinquante mille francs de dot.

Les dots de trois cent cinquante mille francs étaient rares déjà à cette époque, aussi chacun poussa-t-il les hauts cris ; on essaya par tous les moyens de découvrir les motifs de l’étrange conduite du docteur Arrault, on fit force commentaires, mais tout fut inutile, on ne découvrit rien.

Le docteur Arrault jouissait d’une excellente réputation, sa vie était au grand jour ; il n’avait pas un sou de dette.

Tels furent les renseignements que l’on réussit à se procurer : c’était peu pour satisfaire la malignité publique.

Le frère de la jeune fille que le docteur devait épouser était soldat ; il avait été chef d’escadron dans les guides ; il avait changé de corps et était lieutenant-colonel dans les hussards il ne passait généralement pas pour un prodige de douceur et de patience ; il prit un congé et se rendit en Espagne, afin de demander une explication à son ex-beau-frère.

Cette explication eut lieu ; elle se prolongea pendant plusieurs heures ; quand elle se termina,