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sentir l’éperon, et s’éloigna au grand trot par la rue d’Alcala.

Le señor Perrico, nous lui conserverons ce nom jusqu’à plus ample informé, suivit le cavalier du regard, jusqu’à ce qu’il eût disparu ; puis il examina les environs, comme s’il eût voulu percer les ténèbres qui l’entouraient, s’enveloppa soigneusement dans son manteau, en même temps qu’il baissait sur ses yeux les larges ailes de son sombrero et, traversant en biais la Puerta del Sol, il s’engagea résolument dans la calle de Alcala, du côté opposé à celui par lequel le cavalier s’était éloigné.

Arrivé en face de l’hôtel Salaberry, l’inconnu s’assura, par un regard circulaire, qu’il était bien seul ; puis il s’enfonça dans l’ombre sous l’auvent d’une boutique, laissa tomber les plis de son manteau, visita avec soin les amorces de deux longs pistolets attachés à sa ceinture, fit jouer sa rapière dans le fourreau ; puis, ces précautions prises, il croisa les bras sur sa poitrine, appuya l’épaule contre le mur, et, fixant les yeux sur l’hôtel, il l’examina avec la plus sérieuse attention.

L’hôtel était noir et silencieux ; tout était clos ; la vie semblait l’avoir abandonné ; seule une lueur faible et tremblotante brillait comme une étoile à une des archères de la tourelle de droite.

Depuis deux mois, l’hôtel était désert ; don Garcia Horacio Pacheco Tellez, duc de Salaberry-Pasta, nommé ambassadeur à Rome, avait quitté Madrid pour se rendre à son poste ; le duc était marié depuis deux ans ; sa femme avait voulu l’accompagner jusqu’à Cadix, où il s’était embarqué.