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Comment croire que deux hommes de position, de cœur et surtout de réputation si opposés pussent pactiser ensemble ? Cela ne tombait pas sous le sens ; tout était croyable, excepté cela.

Aussi les bandits, qui reconnaissaient en Garote un des leurs, n’avaient-ils aucune méfiance de lui.

Le digne ranchero, heureux d’être introduit dans l’antre du lion, presque certain désormais de la réussite de son projet et trop habitué aux blessures pour se soucier beaucoup de celle qu’il s’était lui-même administrée avec une dextérité digne d’éloges et qui prouvait son savoir-faire, reprit son sommeil interrompu si brusquement par don Pablo et dormit tout d’une traite jusqu’au point du jour.

Lorsqu’il se réveilla, Fray Ambrosio était auprès de lui, en train de préparer le repas du matin.

— Eh bien, lui demanda le moine, comment vous sentez-vous à présent ?

— Beaucoup mieux que je ne l’aurais supposé, répondit-il ; le sommeil m’a fait du bien.

— Voyons votre blessure, compadre.

Andrès présenta son bras que le moine pansa.

Les deux hommes continuèrent à causer entre eux comme deux vieux amis charmés de se revoir après une longue absence.

Soudain le Cèdre-Rouge accourut, son rifle à la main.

— Alerte ! alerte ! cria-t-il, voilà l’ennemi !

— L’ennemi ! fit le gambucino. Canelo ! où est mon rifle ? Si je ne puis pas me tenir debout, je tirerai assis ; il ne sera pas dit que je n’ai pas aidé des amis dans l’embarras.

Sutter accourait en même temps d’un autre côté en criant :