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Au même instant, Valentin arrivait d’un côté pendant que Curumilla paraissait de l’autre.

Curumilla tenait à la main deux peaux d’ourson.

— Qu’est-ce que cela signifie ? ne put s’empêcher de demander don Pablo ébahi.

L’Indien sourit.

— L’ours était une femelle, dit-il.

— Déjeunons-nous ? fit Valentin.

— Quand vous voudrez, mon ami, répondit don Miguel ; nous n’attendions que vous.

— J’ai été longtemps, n’est-ce pas ?

— Plus d’une heure.

— Ce n’est pas ma faute. Figurez-vous que là, en bas, il fait noir comme dans un four. J’ai eu une peine extrême à retrouver le corps de notre ami ; mais, grâce à Dieu, il est en terre maintenant et à l’abri des dents des coyotes et des autres vermines de la prairie.

Don Miguel lui prit la main et la lui serra tendrement, tandis que deux larmes de reconnaissance coulaient sur ses joues.

— Valentin, lui dit-il d’une voix émue, vous êtes meilleur que nous tous ; vous pensez à tout ; aucune circonstance, si grave qu’elle soit, ne peut vous faire oublier ce que vous considérez comme un devoir. Merci, mon ami, merci d’avoir rendu à la terre le corps de ce pauvre général ; vous me faites bien heureux en ce moment.

— Bien, bien, fit Valentin en détournant la tête pour ne pas laisser voir l’émotion que, malgré lui, il éprouvait ; mangeons, voulez-vous ? J’ai très-faim, le soleil se lève, et nous ne sommes pas encore sortis de cet effroyable labyrinthe où nous avons été bien près de laisser nos os.