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Après s’être assuré que sa victime ne donnait plus signe de vie, Nathan commença à la dépouiller de ses vêtements, qu’il endossait au fur et à mesure à la place des siens.

Lorsque ce premier changement fut opéré, il fouilla dans le paquet du sorcier, en tira un miroir, des vessies remplies, les unes de vermillon, les autres d’une espèce de peinture noirâtre, et, avec de petits morceaux de bois, il se fit sur le visage, qu’il avait d’abord enduit d’une couleur imitant parfaitement le teint des Peaux-Rouges, les dessins bizarres qui se trouvaient sur la figure du sorcier ; cette imitation était parfaite ; du visage il passa au corps, puis il attacha ses cheveux et y planta les deux plumes de chat-huant.

Bien des fois, lorsque avec son père il allait à la chasse aux chevelures, Nathan s’était déguisé en Indien ; aussi, cette fois, au bout de quelques instants la métamorphose était-elle complète.

— Il ne faut pas qu’on retrouve cette charogne, dit-il.

Chargeant alors le corps sur son dos, il le fit rouler au fond d’un précipice inaccessible.

— Hum ! voilà qui est fait, reprit-il en riant ; si les Apaches ne sont pas satisfaits du grand médecin qui leur arrive, ils seront difficiles.

Comme il ne voulait pas perdre ses habits, il les cacha dans le paquet de l’Indien, qu’il passa dans le canon de son rifle ; il s’empara du bâton du pauvre sorcier et se mit gaiement en route en faisant tourner le bâton, et en murmurant à part lui avec un sourire goguenard :

— Nous verrons bientôt si ce mubalche a réellement le pouvoir magique que lui attribuait cet imbécile.