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Tous se retournèrent.

Le père Séraphin, son crucifix élevé dans la main droite, la tête haute, le regard inspiré, semblait les dominer de toute la grandeur de sa mission évangélique.

— De quel droit vous faites-vous les instruments de la justice divine ? reprit-il. Si cet homme fut coupable, qui vous dit qu’à cette heure le repentir n’est pas venu laver les souillures de son âme ?

— Œil pour œil, dent pour dent ! murmura le Blood’s Son d’une voix sombre.

Ces mots rompirent le charme qui enchaînait les assistants.

— Œil pour œil, dent pour dent ! s’écrièrent-ils avec colère.

Le père Séraphin se vit vaincu, il comprit que tout raisonnement échouerait auprès de ces hommes sanguinaires pour qui la vie de leurs semblables n’est rien et qui ont érigé la vengeance en vertu.

— Adieu, dit-il d’une voix triste, adieu, pauvres égarés ! Je n’ose vous maudire, je ne puis que vous plaindre ; mais, sachez-le, la victime que vous voulez immoler à vos passions haineuses, j’essayerai par tous les moyens de la soustraire à vos coups. Adieu !

Et il sortit.

Lorsque la première émotion causée par les paroles du prêtre fut calmée, don Miguel s’avança vers le Blood’s Son, et mettant sa main droite dans celle que lui tendit le partisan :

— J’accepte, dit-il, la loi de Lynch.

— Oui, s’écrièrent les assistants, la loi de Lynch !

Quelques heures plus tard, le Blood’s Son regagnait son camp.