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que temps que vous, l’homme civilisé, vous vous trouvez dans le désert.

— C’est juste ; ce que vous dites est on ne peut plus vrai, compagnon ; mais cela tient à ce que je vous ai dit tout à l’heure, qui serait trop long à vous raconter.

— Fort bien. Continuez.

— Or, me voyant perdu, je me suis rappelé le proverbe de mon pays, et sortant des cartes de mes alforjas, bien que je fusse seul, je me suis mis à jouer, certain que bientôt il m’arriverait un adversaire de je ne sais d’où, non pour faire ma partie, mais pour me tirer d’embarras.

La Gazelle blanche reprit tout à coup son sérieux, et se redressant sur sa selle :

— Vous avez joué à coup sûr, dit-elle, car vous le voyez, don Andrès Garote, je suis venue.

En entendant prononcer son nom, le ranchero, car c’était effectivement notre ancienne connaissance qui faisait ainsi la partie du diable, leva soudain la tête et regardant en face son interlocuteur :

— Qui donc êtes-vous, dit-il, vous qui me connaissez si bien et que je ne me rappelle pas avoir jamais vu ?

— Allons, allons, fit la jeune fille en riant, votre mémoire est courte, mon maître ; comment, vous ne vous souvenez pas de la Gazelle blanche ?

À ce nom le ranchero fit un bond en arrière.

— Oh ! tonto ! – fou – s’écria-t-il ; c’est vrai. Mais j’étais si loin de supposer… Pardonnez-moi, señorita.

— Comment se fait-il, interrompit la Gazelle blanche, que vous ayez ainsi abandonné le Cèdre-Rouge ?

— Caramba ! s’écria le ranchero, dites que c’est le